mardi 17 juin 2014

Grand classique américain facile...

... et en même temps très très triste:

'A Lesson Before Dying', de Ernest J. Gaines (1993-256 pages)

Niveau minimum requis: B1+
(pour déterminer votre niveau de lecture, reportez-vous aux pages de juin 2009 de ce blog)


Facile à suivre (peu de rebondissements, peu de personnages), facile à comprendre (beaucoup de dialogues, chapitres courts, anglais assez simple), mais pas si facile à lire car l'histoire est celle d'un jeune homme noir condamné à mort pour un crime qu'il n'a pas commis dans le sud des Etats-Unis autour des années 1940.

Le roman, qui a connu un très grand succès, en particulier parce qu'il a été recommandé par Oprah Winfrey,  ne raconte pas du tout l'erreur judiciaire, les amis et la famille du condamné savent qu'ils ne peuvent rien faire. Les Noirs de  Louisiane sont encore en 1940 considérés comme d'anciens esclaves dont on peut disposer à sa guise.
Il raconte en fait les derniers mois de vie de ce jeune homme et les visites que lui rendent le  narrateur et sa famille dans sa cellule.

Evidemment, vous serez convaincus de l'absurdité insoutenable de la peine de mort. Mais il se dégage de ce livre une aventure humaine bouleversante qui interroge sur le sens de la vie, la foi, l'amour, et sur ce qui fait de nous des êtres différents des autres espèces vivant sur terre.

Un livre qui mérite vraiment d'être lu, aussi parce qu'il offre de multiples niveaux de lecture et d'analyse: on y découvre ce qu'être noir voulait dire en Louisiane en 1940, on peut voir un plaidoyer contre la peine capitale (l'arrivée de la chaise électrique dans la petite ville, magistralement décrite, fait froid dans le dos) ou encore une parabole sur la vie de Jésus. Riche tout en restant simple et accessible, bravo Mr. Gaines.

Vous n'aurez qu'un seul mot à chercher dans le dictionnaire: 'hog'....


samedi 31 mai 2014

Chère liberté d'expression

Je viens de terminer un très gros livre qui m'a tenue en haleine près d'un mois!

Un polar? Presque.
Une histoire d'amour? Presque.
Un témoignage sur l'art d'écrire? Presque.

'Joseph Anton' est tout ça à la fois!

'Joseph Anton', de Salman Rushdie (2012 - 633 pages!)

Niveau minimum requis: B2+, voire C1



(pour déterminer votre niveau de lecture, reportez-vous aux pages de juin 2009 de ce blog)



Salman Rushdie, c'est mon big big love. Pas nécessairement l'homme, qui peut m'agacer, voire vraiment me déplaire, mais l'écrivain.
J'ai lu 'Midnight's Children', 'Shalimar The Clown', 'The Enchanteress of Florence', 'The Moor's Last Sigh'... Son écriture est magique, épicée, parfois tellement littéraire qu'on n'y comprend rien!
Voilà pourquoi je ne l'ai jamais recommandé dans ces pages; c'est tout simplement trop difficile pour les non-spécialistes de l'anglais.

Mais je ne résiste pas à vous signaler celui-là. 
Ce dernier opus est en fait de la non-fiction (hélas pour lui) car Salman Rushdie retrace dans 'Joseph Anton' les dix années de sa vie où il a dû vivre caché sous protection policière parce qu'un ayatollah iranien a déclaré son roman 'The Satanic Verses' blasphématoire, appelant par le biais d'une fatwa à sa mise à mort, rien de moins.

Sous-titré 'A Memoir', 'Joseph Anton' nous permet d'entrer dans l'intimité d'un des plus grands écrivains de langue anglaise contemporains. On y découvre sa famille d'origine indienne, ses habitudes d'écrivain, ses amis tous plus ou moins connus. On assiste aussi à la lente dégradation de sa vie quotidienne, au gré des refus de Scotland Yard pour toute sortie à l'extérieur des différents bunkers où la menace de mort iranienne l'obligeait à se terrer. Il a continué d'écrire et de publier, a eu un autre enfant, s'est marié, a divorcé...

C'est un récit absolument captivant qui m'a personnellement permis de mesurer pour la première fois à quel point la liberté d'expression est un droit fondamental d'une fragilité inouïe.



dimanche 4 mai 2014

Prenez le train avec Hercule & Agatha!

Un court message pour signaler à tous ceux qui ont lu / ont décidé de lire
'Murder on the Orient Express' de Dame Agatha Christie (facile à lire, cliquez ici pour voir mon message) qu'une exposition 'Orient Express' est visible en ce moment à l'Institut du Monde Arabe à Paris.

Trois voitures de la mythique compagnie des Wagons-Lits sont à visiter sur le parvis du musée. L'ambiance de ces voyages incroyables réservés à des clients richissimes est recrée à merveille, jusqu'au drap ensanglanté de la victime du roman d'Agatha Christie!

Plus d'excuses pour ne pas avoir encore essayé de lire ce roman très accessible!

vendredi 4 avril 2014

Polar chez les cowboys

Grâce à une librairie locale indépendante et super dynamique, j'ai eu la chance de rencontrer la semaine dernière un cowboy, un vrai: Stetson sur la tête, santiags aux pieds, jeans, chemise en denim avec boutons de nacre, et une imitation hilarante du sourire du coyote...

Il s'appelle Craig Johnson, il est aussi écrivain et en tournée dans toute la France en ce moment.
Il se décrit ainsi:
"I'm a cowboy writer, I live in Ucross, Wyoming, population 25. I'm the most famous writer there."

Autant dire que toutes les personnes présentes à cette rencontre ont passé un super bon moment. Craig Johnson plaisante avec bonhomie à tout propos. Il a l'air bien plus heureux que le héros de ses 9 romans, désormais source d'une série télévision à succès, un dénommé Walt Longmire.
"Walt is "over": over aged, over depressed and over weight." dit son créateur.

Donc, je me suis lancée dans la lecture de son premier livre, 'The Cold Dish', sorti en 2004 et publié en français sous le titre 'Little Bird'.

'The Cold Dish'  de Craig Johnson (2004 - 354 pages)

Niveau minimum requis: B2

(pour déterminer votre niveau de lecture, reportez-vous aux pages de juin 2009 de ce blog)


Accrochez-vous! C'est compliqué à lire, on voit que Craig Johnson a un vrai style à lui. La langue qu'il utilise est opaque car très idiomatique: c'est un shérif et ses potes qui parlent en maniant le second degré sans arrêt. Il y a des morts, des blessés, une victime, une enquête. Du classique.

Mais le lieu (un petit village du Wyoming proche d'une réserve indienne Cheyenne) est lui-même un personnage important du livre. Il fait froid, il neige, il n'y a personne (le Wyoming est l'état le moins peuplé des Etats-Unis).  On passe du temps dans des pick-ups brinquebalants ou des bagnoles qui vont très vite, et on boit de la bière tout en sentant la présence des ancêtres Cheyenne qui veillent sur tout ce petit monde.

Je dois dire que le shérif campe un anti-héro très attachant, même si les types vieillissants, bedonnants et portés sur la bière ne sont pas exactement ma tasse de thé;-).

En somme Walt Longmire représente l'Ouest mythique: brut, désabusé et séduisant malgré tout ses défauts.

A noter: 'Longmire' est une série TV  adaptée des romans de Craig Johnson qui remporte un vif succès (je crois qu'on en est à la saison 3).

Allez voir son site ou celui de son éditeur français.