mercredi 30 décembre 2009

Découvrir un écrivain américain majeur

Avez-vous déjà rêvé de l'Amérique Côte Est, celle des 'socialites' vivant à toute allure à Manhattan avant de passer l'été dans les Hamptons? Jay McInerney les connaît visiblement bien, leur appartient sans doute et possède évidemment les clés qui vous feront découvrir les fissures qui lézardent la façade fière et hautaine de ces représentants de l'American Dream.
Je viens de finir un roman et un recueil de nouvelles de cet écrivain décidément très doué; je vous recommande de commencer par la lecture des nouvelles:

ATTENTION: le niveau de lecture est C1-C2, les récits sont des descriptions très explicites d'un monde d'adultes à la dérive et ne conviennent pas à un jeune lecteur.

'How It Ended' Jay McInerney (2009 - 332 pages) Niveau minimum requis: C1
(pour déterminer votre niveau de lecture, reportez-vous aux pages de juin 09 de ce blog)
Important: choisissez le recueil relié 'New and Collected Stories' qui comporte 26 nouvelles écrites de 1985 à 2008. L'édition de poche n'en compte que 10.
Ce recueil vous donnera un excellent aperçu du talent incroyable de Jay McInerney, depuis sa première nouvelle publiée en 1985 et qui deviendra un roman 'Bright Lights, Big City' jusqu'à ses écrits d'aujourd'hui. Ses personnages ne nous sont pas inconnus: des New-Yorkais pour la plupart, se situant tour à tour au faîte de l'échelle sociale ou sur son dernier dernier barreau du bas et voguant à la recherche de reconnaissance et d'amour, parfois dans des paradis artificiels. Mais là où d'autres écrivains inventeraient des péripéties incroyables, Jay McInerney s'attarde volontiers sur la psychologie de ses personnages qu'il n'afflige pas ni ne défend. Il en est le créateur débonnaire mais non interventionniste; il les observe avec une écriture à la justesse acérée mais ne s'impose jamais le devoir de les sauver. Un contenu un peu désenchanté, bien que rarement cynique. Une langue littéraire, à la fois maîtrisée et moderne. Pas de message évident. Au fond, un ton très post-11 septembre.

'The Good Life' Jay McInerney (2006 - 355 pages) Niveau minimum requis:C2
(pour déterminer votre niveau de lecture, reportez-vous aux pages de juin 09 de ce blog)
Justement, 'The Good Life' est un roman autour du 11 septembre. L'attaque elle-même est passée sous silence par une ellipse dans le récit de ce livre que j'ai trouvé captivant (Merci Françoise!). J'avais déjà rencontré les personnages principaux dans le recueil de nouvelles cité ci-dessus; les voilà pris dans la tourmente que les attentats ont provoquée dans la psyché américaine, dans l'identité new-yorkaise et dans la vie ordinaire de ceux qui ont tout vécu de près. La vie pourra-t-il être la même après le 11 septembre? C'est la question que pose le roman à ses personnages, à la ville, à l'Amérique. Et la réponse est loin d'aller de soi.

mercredi 16 décembre 2009

Faisons un petit tour en Irlande!

La littérature irlandaise compte des œuvres majeures dont certaines sont heureusement parfaitement accessibles à un lecteur non angliciste. Le grand nom c'est bien sûr James Joyce; et même si nombre d'écrivains déclarent souvent n'avoir jamais pu achever la lecture de son livre le plus connu 'Ulysses', vous pouvez goûter à la prose du maître avec le recueil de nouvelles suivant:

'Dubliners' de James Joyce (1914 - 200 pages) Niveau minimum requis: B2
(pour déterminer votre niveau de lecture, reportez-vous aux pages de juin 09 de ce blog)
Les libraires disent souvent que les Français n'aiment pas lire des nouvelles, qu'ils considèrent comme des romans en gestation. "Les Français s'attachent facilement aux personnages et n'aiment pas les abandonner après 4 pages" ai-je lu un jour. A contrario, la nouvelle est une spécialité anglophone, véritablement appréciée des lecteurs, et beaucoup d'écrivains de langue anglaise font un aller-retour fréquent entre nouvelle et roman.
'Dubliners' n'est pas un recueil ordinaire: les quinze nouvelles ne sont pas juxtaposées, elles ont un fil conducteur qui les relient de façon assez subtile. On commence par des nouvelles sur l'enfance, puis sur l'adolescence avant de découvrir des histoires de jeunes adultes, d'autres sur des adultes matures et le recueil se termine par 'The Dead', une nouvelle très mélancolique (magnifiquement adapté à l'écran par John Huston et interprété par sa fille, Angelica Huston, en 1987).
Vous allez découvrir la vie irlandaise urbaine au début du XXème siècle: James Joyce décrit les 'Gens de Dublin' en levant le voile sur leurs occupations, leurs intérieurs, leurs envies de révolte, leur aliénation. Des gens ordinaires qui sont racontés par un écrivain à la fois en pleine empathie avec ses personnages et capable de faire émerger la part mystérieuse de chacun d'entre eux. La facilité de la lecture n'enlève rien à la majesté du message.

'Famine' de Liam O'Flaherty (1937 - 448 pages) Niveau minimum requis: B2
(pour déterminer votre niveau de lecture, reportez-vous aux pages de juin 09 de ce blog)
Liam O'Flahery est un écrivain irlandais assez connu qui n'a jamais écrit que sur l'Irlande. Il est né sur les Iles d'Aran. J'y suis allée voici vingt ans - time flies - et j'y ai découvert un concentré d'Irlande républicaine: deux îles plein ouest où l'on peut entendre encore des gens parler gaélique dans des pubs surchauffés qui - à l'époque, 1989 - résonnaient encore de rebel songs ciblant Margaret Thatcher...
'Famine' a la même puissance de révolte; le récit s'appuie évidemment sur la terrible décennie de 1840, connue en Irlande sous la dénomination "The Great Potato Famine". C'est le moment où le coup de grâce a été portée à une population irlandaise rurale, totalement asservie par les Britanniques et privée de son aliment de base, la pomme de terre, à cause du mildiou. La Grande Bretagne n'est pas venue au secours de ces paysans, qui sont morts de faim ou qui ont émigré vers les Etats-Unis, le Canada ou encore l'Australie. La démographie irlandaise ne s'est jamais vraiment remise de cette perte; l'âme collective du pays non plus, d'ailleurs.
Rencontrer des Irlandais s'avère souvent une aventure humaine passionnante, tant leur joie de vivre remarquable se révèle en réalité teintée de nostalgie et de souffrance. Ce livre vous aidera à comprendre une des blessures les plus vives de ce magnifique pays.


dimanche 29 novembre 2009

Lire LE conte de Noël anglais

'A Christmas Carol' de Charles Dickens (1843 - 102 pages) Niveau minimum requis: B2
(pour déterminer votre niveau de lecture, reportez-vous aux pages de juin 09 de ce blog)

C'est l'histoire de Noël la plus classique, connue dans tous les pays anglophones, aimée par petits et grands tant elle capture l'essence même de l'atmosphère de cette période de trêve, parenthèse enchantée célébrant tout ce qu'il y a de beau et de généreux dans l'âme humaine.

Or 'A Christmas Carol' n'est pas une histoire pétrie de bons sentiments; elle s'ouvre sur la mort d'un personnage que nous ne connaîtrons qu'à travers son fantôme. S'ensuit une première partie plutôt gothique qui débouchera sur une aventure mêlant les codes du conte merveilleux et féerique avec des éléments relevant davantage du fantastique.

L'anglais du XIXème siècle n'est pas facile; il est pourtant savoureux. Vous suivrez le personnage de Bob Cratchit, petit employé exploité et terrorisé par un patron cruel et avare nommé Ebenezer Scrooge, dans sa préparation de la fête de Noël en famille. Une très bonne façon de découvrir les us et coutumes de la 'lower-middle class' victorienne, encore visibles aujourd'hui dans certaines maisons anglaises.

Hélas, la machine hollywoodienne risque de fixer dans l'imaginaire collectif le visage d'Ebenezer Scrooge sous les traits de Jim Carrey... puisque le film qui sort ces jours-ci en France 'Le Drôle de Noël de M. Scrooge' est une énième adaptation de l'œuvre de Dickens. À moins que vous ne soyez plus rapide, que vous lisiez ce conte avant (éventuellement !) d'aller voir le film: il vous faut une journée de pluie, une théière bien chaude (un chocolat chaud marche très bien aussi;-), et hop!, vous voilà en route vers une aventure extraordinaire écrite voilà plus de 150 ans.

À noter, le personnage avare de Disney, Oncle Picsou, s'appelle dans la version originale Scrooge McDuck...


dimanche 8 novembre 2009

Lire un roman épistolaire

'The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society' de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows (2008 - 248 pages) Niveau minimum requis: B2
(pour déterminer votre niveau de lecture, reportez-vous aux pages de juin 09 de ce blog)
Ce petit livre atypique est un véritable phénomène de librairie. L'ambiance est pourtant étonnante de désuétude (pas de récit classique, les personnages s'écrivent des LETTRES, voire des télégrammes quand les nouvelles doivent aller plus vite!) et en même temps, l'intrigue joue sur les sentiments universels que sont l'amour, la haine, la douleur du manque.
La scène se passe essentiellement sur l'île de Guernesey, si proche des côtes normandes et pourtant si britannique dans sa culture, juste après la Seconde Guerre Mondiale (en 1946).
Le personnage principal, jeune auteure à succès basée à Londres, se prend d'amitié pour un drôle de cercle littéraire vivant sur l'île et avec lequel elle entreprend un échange de lettres passionné et passionnant. Cas rare pour le Royaume Uni, Guernesey a subi l'occupation de l'armée allemande et ses blessures sont encore vives: une île privée de ses enfants évacués en Angleterre, une population qui a souffert d'être en zone occupée, des habitants arrêtés et jamais revenus...
Et pourtant, le ton est léger, les personnages à la fois facétieux et candides; l'intrigue flirte même avec les grandes histoires d'amour de la littérature anglaise classique , à savoir 'Jane Eyre' et 'Pride and Prejudice'(voir le message du 02/08/09).
Pour un lecteur peu sûr de la solidité de son anglais, c'est un roman plutôt rassurant parce que les lettres échangées sont courtes, chacune formant une unité facile à comprendre.
A noter, deux auteures signent ce livre: il s'agit là aussi d'une histoire touchante, celle d'une vieille dame (Mary Ann Shaffer) dont la santé s'affaiblit, mais soutenue par sa nièce (Annie Barrows) qui finit d'écrire le livre pour elle. Très en phase avec l'histoire racontée, en somme.